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DANY, ou le droit d’exister

En février dernier sortait Dany, un de mes premiers jeux. Si je savais que je touchais à une thématique sensible et qu’il allait proposer une expérience différente, je n’imaginais pas tous les retours positifs que nous allions recevoir avec Antoine, l’illustrateur derrière cet univers si unique.
De multiples fois interprété différemment dans les reviews du jeu, j’y ai à peu près tout lu. Et si j’apprécie la dominante positive, je regrette que mon message sous-jacent ait été au final un peu trop… sous-jacent, justement.
Voilà pourquoi j’ai fait le choix de le développer aujourd’hui.

Fantasme Hollywoodien

Je lis souvent dans les reviews ou les avis des joueurs la notion de schizophrénie. Or, Dany [Protagoniste] n’est pas schizophrène. On peut souffrir de multiples personnalités sans être schizophrène et l’inverse. Il est donc important de dissocier les deux et de s’éloigner du fantasme Hollywoodien.
Je lis aussi beaucoup de « Dany est un gars qui ne va pas très bien », « il », « lui » et des tournures de phrases essentiellement macsulines. Et c’est quelque chose que je déplore, car nous avons vraiment travaillé de façon à faire en sorte que Dany [Jeu] n’impose pas de genre.

En effet, le prénom Dany a été choisi dans le but de ne pas genrer notre protagoniste. Dany, c’est un peu le chat de Schrödinger du genre. À la fois masculin et féminin tout en n’étant ni l’un ni l’autre. De la sorte, tout le monde peut s’identifier. Parce qu’on a toutes et tous quelque chose en nous de… non, pas de Tennessee. Allons. Non. De Dany. Cette volonté de prolonger sa vie. Ce désir fou de… hm. Bref. Dany n’a pas de genre associé, car Dany, c’est vous, elles, eux, moi.

Mais surtout, Dany [Jeu] est avant tout une œuvre de fiction. Et comme toute fiction, si l’on y retrouve des éléments inspirés de la réalité, l’ensemble ne cherche pas à dépeindre une réalité avec précision. Dès lors, quelques libertés sont permises.

En quête de sens

L’approche que j’ai eue des troubles de la personnalité en développant Dany n’est ni une approche médicale ni scientifique, mais bien une approche philosophique. Je voulais amener les personnes découvrant le jeu à s’interroger, consciemment ou non, sur la condition de l’être humain et ce qui fait de nous des êtres vivants.

Au vu de quelques commentaires que je peux parfois lire sur Internet, je me rends compte que mon message est sans doute trop sous-jacent, trop caché ou trop abstrait pour toucher le plus grand nombre. Voilà pourquoi je vais le développer ici.

Avec Dany [Jeu], je voulais sciemment placer les personnalités secondaires au premier plan, en tant que « gentil(le)s » de l’histoire, créant ainsi un décalage avec l’idée qui aurait voulu que Dany [Protagoniste], envahi(e), soit nécessairement le personnage central et donc « la bonne personne ».
Ceci dit, Dany [Protagoniste] n’est pas non plus à proprement parler « méchant(e) » dans cette histoire. Et c’est là que ça commence, pour certain(e)s, à se compliquer. Habitués au manichéisme voulant qu’une histoire présente un gentil et un méchant, nombreux sont les gens qui ont été surpris par le fait que dans Dany [Jeu et Protagoniste], tout le monde veuille survivre et tout le monde soit bon et mauvais à la fois.

Le droit d’exister

En partant de cet axe narratif, je voulais que l’on s’interroge sur ce qui fait de nous des êtres vivants, et spécifiquement des humains.
On dit souvent que ce qui fait de nous ce que nous sommes c’est notre conscience. Le fait de savoir que l’on vit et que l’on va mourir. Notre capacité à faire des choix, notre libre arbitre (s’il existe réellement, mais ça c’est un autre sujet).
Dans ce cas, il est indéniable que Dany [Protagoniste] est un être vivant, appartenant au genre humain. Mais QUID de ses nombreuses autres personnalités ?

Dans Dany [Jeu], elles se manifestent pleinement, en prenant la place de Dany [Protagoniste] et pas seulement en lui parlant dans sa tête. Dès lors, elles ont toutes une conscience propre. Elles ne partagent pas les idées ou la capacité d’analyse de Dany [Protagoniste] ou des autres personnalités. Elles sont même conscientes qu’elles existes et qu’elles peuvent disparaître, puisque c’est pour cette raison qu’elles prennent collectivement la décision de s’unir pour survivre.
Cette volonté d’exister, cette capacité de prendre des décisions, d’évoluer seule ou au sein d’un groupe n’en fait-elle pas de véritables personnes, au moins au sens philosophique du terme ?

Ou bien est-ce le fait de posséder un corps qui fait de nous ce que nous sommes ? Et si c’était le cas, les personnalités se partagent toutes le corps de Dany [Protagoniste] au moment où elles dominent dans sa tête. Elles ont alors tout ce que possède un être humain, corps et esprit, et il ne leur manque éventuellement qu’un numéro de sécu.

Toutes et tous égales et égaux ?

Si l’on s’accorde sur le fait que tout être humain a le droit de vivre (toutes considérations éthiques concernant d’éventuels profils exclues), alors le sort que réserve Dany [Protagoniste] aux personnalités qui « envahissent » sa tête n’est-il pas une sorte de meurtre, s’assassinat ?

J’avais envie que l’on s’interroge sur le fait que ces personnalités, au final, n’ont qu’une envie : celle d’exister. Elles demandent juste à vivre, un droit que tout être vivant devrait avoir. Car même si elles ne sont éveillées qu’alternativement, elles sont bien vivantes lorsqu’elles le sont.

Ce n’est donc pas le trouble de la personnalité, la maladie (si l’on accepte de voir cela de cette façon) et encore moins la folie qui sont au centre de Dany [Jeu], mais bel et bien le droit à la vie, à l’existence, et la survie innée de tout être vivant.
Voilà le propos sous-jacent de Dany [Jeu].

Phil

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